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Quelle est la nature de la conscience ?

 

Réponse indirecte – la seule possible ! –
à la question “Quelle est la nature de la conscience ?”

La webcam de mon PC portable, étiquetée comme HD – et qui filme bel et bien en 720p – ne fait que 15 images par seconde au lieu de 60 pour un caméscope. Le pire, c’est que je ne l’ai découvert qu’en ré-encodant la vidéo pour y insérer l’adresse du site. J’ai vérifié sur quelques sites de vente en ligne : on a déjà de la chance quand la fiche technique indique le nombre de pixels des webcams de PC portables. Avec le prix qu’on paie, on devrait être clairement informé de ce qu’on achète, non ?

Bref, je vais acheter du matériel de meilleure facture pour vous offrir à l’avenir des vidéos de qualité supérieure.

La prison mentale des faux éveillés

On trouve de plus en plus d’articles, de livres et de vidéos, souvent commis par des adeptes de l’Advaita vedanta ou des animateurs de satsangs bloqués dans l’intellect, prétendant décrire, expliquer ou commenter en long, en large et en travers la nature de l’Être dont chacun sait pourtant qu’elle est ineffable et connaissable uniquement par l’expérience directe.

Ramana Maharshi, père de l'Advaita vedanta moderne

Ramana Maharshi, père de l’Advaita vedanta et des satsangs modernes, enseignait essentiellement par son silence

Pourquoi tous ces gens ont-ils l’air de considérer que leur verbiage philosophico-spirituel est supérieur au silence cher à Ramana Maharshi, l’un des maîtres principaux de l’Advaita vedanta contemporain  ?

(Ramana pour lequel j’ai, soyons clair, le plus grand respect, de même que pour certains des enseignants de sa lignée comme Gangaji, dont la qualité de Silence est indéniable, ou Pamela Wilson auprès de qui j’ai eu la joie de, comme elle dit, “m’asseoir en silence” un certain nombre de fois et qui m’a incité à organiser des satsangs malgré le fait que je ne souhaitais pas délivrer d’enseignement).

Entendons nous bien : je ne perdrais pas mon temps à dénoncer les logorrhées de ces gourous au ras des pâquerettes sur la simple base de leur inutilité. Ce qui me chagrine est que je vois des gens dont l’énergie est centrée autour de la tête, des enseignants qui embrouillent l’esprit de leur élèves et les confortent dans des stratégies d’évitement, ne leur permettant pas et même les empêchant d’établir un véritable contact avec eux-mêmes.

Quand ces élèves vont vers de véritables enseignants spirituels – comme Pamela avec sa délicate invitation à prendre le thé avec ses émotions 🍵 – du fait qu’ils ont été habitués à refuser la moindre émotion et que le Silence les y confronte, ce qui n’est évidement pas confortable, ils ont tendance à prendre la fuite.

Mais revenons à nos moutons, dont le bêlement se prétend spirituel, et prenons l’exemple de José Le Roy. Son blog ne devrait pas s’intituler “Éveil et spiritualité” mais éveil et prise de tête. Regardez sa dernière vidéo (au moment où j’écris cet article) :

Ce monsieur vous explique avec grand sérieux qu’il a beaucoup cheminé avant d’arriver à la voie directe aussi appelée voie abrupte : deux ans de méditation et cinq ans de philosophie. Effectivement, il a beaucoup cheminé… (non qu’il soit nécessaire de cheminer longtemps puisque chez certaines personnes l’éveil survient en effet du jour au lendemain, sans pratique préalable, c’est juste l’importance qu’il se donne qui est amusante – et qu’il donne au passage à la philosophie qui, en matière de spiritualité, n’est rien de plus que de la diarrhée mentale et verbale).

Le plus drôle est que ce maître de l’ennui se réclame de Douglas Harding, présenté par Wikipedia comme auteur de spiritualité non-dualiste ayant créé le concept de “Vivre sans tête”. Ah bon ? Vivre sans tête ? Alors d’où vient tout le blabla dont le blog de José Le Roy est rempli ? De ses pieds ?

Ce qui est grave est que ce pharisien moderne n’est pas éveillé mais enfermé dans une prison mentale qu’il prend pour l’éveil – merci la philosophie… – et, pire encore, qu’il voudrait bien vous faire croire qu’un livre ou une vidéo vous servira l’éveil sur un plateau doré.

Allez, monsieur Le Roy, un peu de baratin est le tour est joué ! Je reproduis ci-dessous le début de cette page de son blog puis un extrait trouvé plus bas :

Tous les jours, et parfois plusieurs fois par jour, je reçois des témoignages de personnes qui ont vu leur vraie nature après avoir lu des livres de Douglas Harding ou de moi, ou en ayant regardé une video sur internet qui présente la Vision Sans Tête.

[…]

Je poste ces messages parce qu’ils sont encourageants. Ils nous montrent que s’éveiller à son Soi véritable est possible, et simple, et accessible.

Tous les jours, et parfois plusieurs fois par jour ? Cela représente quoi… disons 400 témoignages par an de personnes ayant accédé à l’éveil aussi facilement ? Pourtant sur les trois seuls témoignages publiés en exemple, aucun n’indique clairement que l’éveil a eu lieu, semblant plutôt décrire une expérience temporaire. Le troisième indique même :Je n’ai pas encore pu apprécier en direct la vision sans tête. Ça ne saurait tarder. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la page s’intitule : “J’ai vu l’espace ouvert”. Le soucis est qu’il y a un monde entre voir l’espace ouvert et s’y établir. Alors je vous le demande, José Le Roy, où sont les 400 éveillés par an ?

S’il n’est pour le chercheur spirituel pas évident de distinguer une personne pour laquelle l’éveil a effectivement eu lieu d’un faux éveillé enfermé dans une prison mentale, une chose est certaine : prêter l’oreille à du blabla étiqueté comme spirituel ne vous mènera pas à l’éveil… pas plus que d’assister à un meeting politique en tout cas. Soyez plutôt en contact avec votre ressenti et soyez conscient de ce qu’un enseignant dégage sur le plan subtil : c’est essentiellement cela qui, plus que son discours, est source d’évolution intérieure.

Par ailleurs, dois-je vraiment préciser que vous seriez bien avisé de vous méfier des promesses d’éveil en cinq minutes ? Si la voie rapide ou voie abrupte existe bel et bien, elle n’est dans la grande majorité des cas accessible qu’aux personnes ayant déjà suffisamment cheminé auparavant et la qualifier de suffisante pour provoquer l’éveil spirituel est aussi stupide que cette vieille blague du gars qui affirme “Un seul verre de bière me rend complètement saoul. En général c’est le quatorzième”.

Le grand fantasme de la perfection des maîtres spirituels

La plupart des gens qui participent à des satsangs ou à des ateliers avec des éveillés s’imaginent qu’ils sont très sages, voire parfaits, vraiment au-dessus de la masse qui n’a pas encore connue l’éveil. Et si d’aventure ils découvrent un défaut chez celui ou celle qu’ils admiraient tant, ils décident que cette personne n’est pas vraiment éveillée et “vont voir ailleurs”.

Je sais de quoi je parle, j’en ai fait partie. Je me souviens d’un enseignant spirituel mondialement connu et qui a publié plusieurs ouvrages traitant de l’éveil. Par respect pour sa vie privée – et surtout, parce que je déteste “balancer” – je vais l’appeler René. J’avais participé à plusieurs satsangs avec lui, toujours dans la belle villa d’un couple par lequel il était invité.

Quelle ne fut pas ma surprise de le voir en ville, un lendemain de satsang, avec la femme de l’ami qui lui avait ouvert sa maison. D’une part, ils étaient en train de louer une cassette vidéo. Je tombai de haut. Je pensais grosso modo que, comme en témoigne aujourd’hui Eckhart Tolle, René vivait 24h sur 24 dans un état de paix insondable, à regarder béatement le mur lorsqu’il n’avait rien de mieux à faire alors qu’en fait, comme tout le monde, il regardait des films ? D’autre part, il était manifestement en train de draguer une femme qui non seulement n’était pas la sienne mais était celle de l’ami qui lui permettait d’organiser ses satsangs. Le plus choquant pour moi a été leur réaction quand ils m’ont vu. On aurait dit deux gamins surpris en train de faire une bêtise.

On sait aujourd’hui que Krishnamurti, maître spirituel d’une présence et d’une profondeur incontestables, a couché pendant vingt ans avec la femme de son meilleur ami

Bien plus tard, j’ai lu “Après l’extase la lessive” de Jack Kornfield. J’ai appris plein de choses ahurissantes au sujet des éveillés et des maîtres spirituels. J’ai quasiment tout oublié des détails croustillants révélés par l’auteur mais je n’oublierai jamais ça : Krishnamurti – le grand Krishnamurti, pour la pensée duquel j’ai le plus profond respect – a couché pendant vingt ans avec la femme de son meilleur ami. Rien que ça !

Ah oui, je n’en suis pas certain mais il me semble que Jack Kornfield évoquait aussi la fameuse collection de Rolls d’Osho. Le contraste avec Amma qui, paraît-il, dors sur une paillasse alors que son organisation caritative reçoit des millions de dollars sous forme de dons, est saisissant.

Je me souviens que je vivais à Vlodrop, auprès de Maharishi, lorsque Osho a quitté son corps. Ses 93 Rolls (96, selon les sources) n’étaient pas la seule chose qui nous chagrinait au sujet d’Osho. La débauche sexuelle à laquelle il encourageait ses disciples était extrêmement loin de la vie monacale que nous menions auprès de Maharishi. Aussi l’un d’entre nous a-t-il demandé à Maharishi si Osho était un véritable maître. “C’était une incarnation du vedanta” a répondu Maharishi.
(Définition simple de “vedanta” : la crème de la crème de la spiritualité indienne 😇).

Autre personne qui m’a beaucoup interpelé, Florian, le premier éveillé occidental que j’ai rencontré à la fin des années 90. Bien sûr, Florian n’avait pas l’aura spirituelle de grands maîtres comme Maharishi, Sakya Trizin ou Shri Shri Ravi Shankar que j’avais eu la chance d’approcher avant lui en petit comité mais il dégageait une puissance nettement supérieure à celle de tout autre éveillé occidental que j’ai rencontré.

Lorsque nous étions rassemblés autour de lui, tout à coup, Florian se taisait, il fermait les yeux et il nous mettait dans des états de transcendance d’une profondeur incroyable. Pourtant, nous nous posions tous des questions au sujet de la réalité de son éveil parce qu’il nous provoquait sans ménagement et qu’il avait des sautes d’humeur tout à fait incompatibles avec l’idée que nous nous faisions de l’éveil. Mais, finalement, Florian était-il fondamentalement différent des autres éveillés ou était-il juste plus authentique ?

Avec le recul, je suis convaincu que la nombre d’enseignants spirituels occidentaux entretiennent une image lisse et factice de l’éveil, trompant ainsi plus ou moins volontairement leur public au sujet de leur vécu, alors que Florian ne nous a jamais caché ce qu’il était. Peut-être que sa puissance hors du commun était en rapport avec son honnêteté ?

Il me paraît donc utile de rappeler que l’éveil n’est pas la fin de la personne mais, simplement, la fin de l’identification à la personne. Avec l’éveil, tout change et rien ne change. Certains éveillés peuvent être timides, colériques, indifférents à la souffrance d’autrui, amoureux du pognon, bloqués dans l’intellect…

Pour ma part, j’ai des problèmes de santé et, quand on me cherche, on me trouve. Une partie des traumatismes que j’ai vécus de ma petite enfance à mon adolescence est tombée d’un coup le jour où celui que j’avais été est mort. Le reste continue de se dissoudre petit à petit. Je préférerais guérir, je préférerais vivre en couple plutôt que seul, je préférerais pouvoir continuer à monter sur scène et à slamer… bref, je continue de vivre – je ne suis pas pour autant identifié à ce qui se vit en moi.

Même chez les plus grands maîtres subsiste ce que le Veda – la spiritualité traditionnelle de l’Inde – appelle “leshavidya” (ignorance résiduelle) qui peut éventuellement se manifester par quelques “fantaisies” – voire quelques Rolls 😘. Maharishi nous expliquait que sans leshavidya, nul ne peut rester incarné.

Alors on se détend : si la perfection est l’essence de ce monde, elle n’est pas de ce monde.