Quelle famille délicieuse

Suite aux articles Papa, je te pardonne et Une drogue provoquant un état de dissociation, je devrais préciser que les deux aînés de mon frère ont peur de dormir seuls à 14 et 15 ans, le plus âgé des deux ayant un historique d’insomnies et de cauchemars. Se pourrait-il qu’à l’occasion d’un week-end chez leur grand-père, mon neveu et ma nièce aient eux aussi été abusés ?

Mais, non voyons, je ne suis qu’un fou d’oser envisager une chose pareille. D’ailleurs, tout le monde sait que je suis cinglé, moi qui suis connu pour mes colères légendaires, notamment contre mon père (je fais remarquer au passage à ceux qui n’auraient pas lu Le grand fantasme de la perfection des maîtres spirituels, qu’Amma – dont je ne saurais trop conseiller le darshan, c’est à dire la bénédiction spirituelle – ou Shri Nisargadatta Maharaj sont aussi connus pour leurs colères spectaculaires donc le couillon que je suis peux bien être ponctuellement sujet à celle que l’on nomme “mauvaise conseillère” tout en enseignant correctement la méditation ou la transmission de Shakti).

Bref, ma belle sœur me l’a bien expliqué : mes problèmes d’inflammation oculaire sont dus à de la colère. Comment n’ai-je pas encore compris cela après trente ans de spiritualité ? Il faut croire que je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez… comme personne dans la famille n’a jamais voulu voir ce qui cloche avec le nez de mon frère – ce n’est pourtant pas faute qu’il se soit pointé à table avec sur le pif de la farine dont on ne s’expliquait pas la provenance, d’autant moins que le pain, lui, n’était ce jour-là pas fariné.

Ah bon, me demanderez-vous, mon frère aussi a des crises de rage ? Non, il en avait… mais chuuuuttt… cela arrange tout le monde qu’il les étouffe désormais à coup d’héroïne… de même que l’ensemble de la famille, sauf le vilain petit canard que je suis, évidemment, s’est réuni autour de la conviction, à l’époque où ma mère pleurait chaque jour que Dieu fait, qu’il fallait étouffer ses larmes à coup de Prozac. Ça fait désordre quelqu’un qui pleure dans une famille où tout le monde va bien. D’ailleurs, le Prozac a fait beaucoup de bien à ma mère : elle n’a plus jamais pleuré, même dix ans plus tard quand un cancer du cerveau l’a laissée dans un fauteuil roulant, aveugle et sourde à gauche, deux dixièmes de vue à droite, incapable d’avaler ne serait-ce que sa propre salive – elle est nourrie avec une sonde entrant directement dans l’estomac, à travers la paroi du ventre – et ne parlant plus qu’avec difficulté, ce qui l’empêche de téléphoner, à part à moi qui suis suffisamment habitué à sa diction pour bien la comprendre au téléphone.

Mais ce n’est rien de bien grave et mon père vous assurera que sa femme va bien, c’est pour ça qu’il a tout fait pour m’éloigner quand j’essayais de prendre soin d’elle, c’est pour ça qu’il a refusé il y a quelques jours qu’une association emmène ma mère en promenade une fois par semaine. Puisqu’il vous dit qu’elle va bien et qu’elle n’a besoin de rien !

Savez-vous que mon frère, quand il était petit, mettait son nounours entre ses jambes et lui pissait dessus ? Je me demande ce que comportement pourrait bien révéler. Vous avez une idée, peut-être ? Et si je vous parlais du petit dernier que tout le monde trouve adorable : il suce encore son pouce à l’âge de onze ans. Je me demande jusqu’à quel âge on le trouvera mignon, ce petit, avec son pouce dans la bouche. Et là encore, je me demande ce qu’il peut bien essayer d’exprimer.

Autre comportement que je ne m’explique pas, mon frère qui a toujours l’impression d’avoir les mains sales, passe son temps à se les laver. Tiens, moi aussi ! Ça doit être génétique. Je me lave souvent la bouche aussi, allez savoir pourquoi, et j’ai mis du temps à me débarrasser d’une tendance à la trichotillomanie.

Mais je vous assure que tout le monde va bien dans la famille. Le meilleur exemple ? Mon père qui, à 75 ans, parcourt encore 90 kilomètres à vélo trois fois par semaine.

Bien sûr, les mauvaises langues pourraient faire remarquer que c’est souvent ce qui se passe avec les pervers narcissiques, qu’ils sont en parfaite santé pendant que leur entourage est détruit. Réfléchissons, un peu… serait-il possible que mon père soit la cause de toute cette “déglinguitude” dans la famille ? Mais non, voyons, je m’égare. Assurément, nous sommes une famille délicieuse et tous ces symptômes ne sont que des coïncidences.


Anne Sylvestre, sur un sujet différent mais avec un refrain fort à propos

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