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Zaz, de la lessive à l’effet miroir

Dans “La lessive”, Zaz parle magnifiquement de la démarche intérieure et évoque discrètement l’éveil tout en faisant référence au livre de Jack Kornfield Après l’extase la lessive que j’ai cité dans mon premier article Le grand fantasme de la perfection des maîtres spirituels.

J’aime d’autant plus cette artiste que je l’ai découverte, au moment où son second album est sorti, en voyant son nom lors d’une méditation. Je n’avais pas la moindre idée de ce que pouvait signifier ce mot, ZAZ, vu en lettre capitales, jusqu’à ce que je le cherche sur Internet (je n’ai pas de télé et je n’écoute la radio française qu’en voiture, c’est à dire pas souvent).

Zaz est très engagée auprès de l’association fondée par Pierre Rabhi, Les Colibris, dont le slogan est “Faire sa part” et qui tire son nom de cette légende. Justement, lors de mon séjour au Brésil dans un centre de guérison spirituelle, les Êtres de Lumière insistaient sur le fait que, pour qu’ils nous aident, nous devions faire notre part. Une autre façon de dire “Aide-toi et le Ciel t’aidera”.

Le plus dingue est que depuis deux jours, j’ai plusieurs fois entendu dire à mon oreille intérieure : “effet miroir”. Or je connais bien l’effet miroir, j’en ai même encore parlé la semaine dernière en consultation individuelle, et voilà que pendant la rédaction de cet article, alors que je laissais la lecture automatique de Youtube dérouler sa musique comme bon lui semblait, j’entends Zaz slamer (en tout cas, dire un texte – j’appelle ça slamer). Je vais voir de quoi il s’agit et je découvre que ledit slam, intitulé “Laponie” est extrait du dernier album de Zaz, que je ne connaissais pas et qui s’intitule “Effet miroir”.

Cela valait bien un petit article !


Zaz retrouve son ADN, son jardin d’Eden…

Le grand fantasme de la perfection des maîtres spirituels

La plupart des gens qui participent à des satsangs ou à des ateliers avec des éveillés s’imaginent qu’ils sont très sages, voire parfaits, vraiment au-dessus de la masse qui n’a pas encore connue l’éveil. Et si d’aventure ils découvrent un défaut chez celui ou celle qu’ils admiraient tant, ils décident que cette personne n’est pas vraiment éveillée et “vont voir ailleurs”.

Je sais de quoi je parle, j’en ai fait partie. Je me souviens d’un enseignant spirituel mondialement connu et qui a publié plusieurs ouvrages traitant de l’éveil. Par respect pour sa vie privée – et surtout, parce que je déteste “balancer” – je vais l’appeler René. J’avais participé à plusieurs satsangs avec lui, toujours dans la belle villa d’un couple par lequel il était invité.

Quelle ne fut pas ma surprise de le voir en ville, un lendemain de satsang, avec la femme de l’ami qui lui avait ouvert sa maison. D’une part, ils étaient en train de louer une cassette vidéo. Je tombai de haut. Je pensais grosso modo que, comme en témoigne aujourd’hui Eckhart Tolle, René vivait 24h sur 24 dans un état de paix insondable, à regarder béatement le mur lorsqu’il n’avait rien de mieux à faire alors qu’en fait, comme tout le monde, il regardait des films ? D’autre part, il était manifestement en train de draguer une femme qui non seulement n’était pas la sienne mais était celle de l’ami qui lui permettait d’organiser ses satsangs. Le plus choquant pour moi a été leur réaction quand ils m’ont vu. On aurait dit deux gamins surpris en train de faire une bêtise.

On sait aujourd’hui que Krishnamurti, maître spirituel d’une présence et d’une profondeur incontestables, a couché pendant vingt ans avec la femme de son meilleur ami

Bien plus tard, j’ai lu “Après l’extase la lessive” de Jack Kornfield. J’ai appris plein de choses ahurissantes au sujet des éveillés et des maîtres spirituels. J’ai quasiment tout oublié des détails croustillants révélés par l’auteur mais je n’oublierai jamais ça : Krishnamurti – le grand Krishnamurti, pour la pensée duquel j’ai le plus profond respect – a couché pendant vingt ans avec la femme de son meilleur ami. Rien que ça !

Ah oui, je n’en suis pas certain mais il me semble que Jack Kornfield évoquait aussi la fameuse collection de Rolls d’Osho. Le contraste avec Amma qui, paraît-il, dors sur une paillasse alors que son organisation caritative reçoit des millions de dollars sous forme de dons, est saisissant.

Je me souviens que je vivais à Vlodrop, auprès de Maharishi, lorsque Osho a quitté son corps. Ses 93 Rolls (96, selon les sources) n’étaient pas la seule chose qui nous chagrinait au sujet d’Osho. La débauche sexuelle à laquelle il encourageait ses disciples était extrêmement loin de la vie monacale que nous menions auprès de Maharishi. Aussi l’un d’entre nous a-t-il demandé à Maharishi si Osho était un véritable maître. “C’était une incarnation du vedanta” a répondu Maharishi.
(Définition simple de “vedanta” : la crème de la crème de la spiritualité indienne 😇).

Autre personne qui m’a beaucoup interpelé, Florian, le premier éveillé occidental que j’ai rencontré à la fin des années 90. Bien sûr, Florian n’avait pas l’aura spirituelle de grands maîtres comme Maharishi, Sakya Trizin ou Shri Shri Ravi Shankar que j’avais eu la chance d’approcher avant lui en petit comité mais il dégageait une puissance nettement supérieure à celle de tout autre éveillé occidental que j’ai rencontré.

Lorsque nous étions rassemblés autour de lui, tout à coup, Florian se taisait, il fermait les yeux et il nous mettait dans des états de transcendance d’une profondeur incroyable. Pourtant, nous nous posions tous des questions au sujet de la réalité de son éveil parce qu’il nous provoquait sans ménagement et qu’il avait des sautes d’humeur tout à fait incompatibles avec l’idée que nous nous faisions de l’éveil. Mais, finalement, Florian était-il fondamentalement différent des autres éveillés ou était-il juste plus authentique ?

Avec le recul, je suis convaincu que la nombre d’enseignants spirituels occidentaux entretiennent une image lisse et factice de l’éveil, trompant ainsi plus ou moins volontairement leur public au sujet de leur vécu, alors que Florian ne nous a jamais caché ce qu’il était. Peut-être que sa puissance hors du commun était en rapport avec son honnêteté ?

Il me paraît donc utile de rappeler que l’éveil n’est pas la fin de la personne mais, simplement, la fin de l’identification à la personne. Avec l’éveil, tout change et rien ne change. Certains éveillés peuvent être timides, colériques, indifférents à la souffrance d’autrui, amoureux du pognon, bloqués dans l’intellect…

Même chez les plus grands maîtres subsiste ce que le Veda – la spiritualité traditionnelle de l’Inde – appelle “leshavidya” (ignorance résiduelle) qui peut éventuellement se manifester par quelques “fantaisies” – voire quelques Rolls. Maharishi nous expliquait que sans leshavidya, nul ne peut rester incarné.

Alors on se détend : si la perfection est l’essence de ce monde, elle n’est pas de ce monde.